Une oeuvre, disait Raymond Queneau, est un troupeau que l’on pousse devant soi sans bien savoir par quel chemin il vous conduit.
J’aime le troupeau de Queneau, il illustre parfaitement l’idée que je me fais d’une démarche. Mes oeuvres prennent cette direction, je les suis, mais c’est le risque de la routine qui pointe à l’horizon, alors halte ! C’est moi qui décide, allez dirigeons-nous par là… et puis la monotonie s’installe… alors on redonne du mou au troupeau, un orage éclate et la horde se disperse… C’est la panique, nous n’allons nulle part… regroupons-nous, donnons un sens à tout cela et voilà reparties la sécurité et les petites habitudes. Il y a peut-être un chef dans le troupeau, laissons-le diriger… jusqu’à ce que rien n’aille plus, il prend trop de place, il décide tout. Et puis où va-t-elle cette meute ?
Je vois la meute comme une représentation de mon travail. Cette allégorie me permet de me positionner face au possible conformisme d’une pratique artistique. Comment me servir de cette image dans mon travail ? En variant mes techniques créatives: passer du tressage au collage, à la sculpture, dessiner sur ordinateur, puis revenir au cahier à dessin. Cette gymnastique me permet de ne pas m’installer dans le confort d’une pratique linéaire et brise régulièrement mes manies. Qu’y a-t-il de pire que de se faire catégoriser: artiste engagé, conceptuel, abstrait et que sais-je encore…?